CHAPITRE 7
Ouverture à soi, mythes et dangers.

1. Qu’est-ce que l’éveil, l’illumination?

Longtemps, j’ai douté de mon éveil car il ne correspondait pas aux histoires ou aux personnages extraordinaires dont j’entendais parler. Pourtant je ne voyais pas comment l’éveil pouvait être autre chose que cette rencontre du présent absolu, cette explosion instantanée, où l’on fait l’expérience de la Lumière-Vérité.

Par déduction logique, je voyais que Soi ne peut se rencontrer que dans le non-temps: «maintenant», car le temps est le fruit de l’esprit. Lorsque l’esprit s’oublie, le temps n’est plus. Seul l’Un est. On connaît alors directement l’Un. On voit, mais sans les yeux, on comprend sans l’intellect, on entend sans les oreilles, on ressent sans le corps, tout cela en moins d’une seconde. Le «jugement» n’est autre que celui de son esprit qui se fond dans la source, la lumière-vérité. Plus rien n’est alors divisé en soi. Ombres et lumière forment un Tout ré-intégré. Est-ce la grâce? Est-ce la libération?

Un livre m’a finalement aidé à cesser de douter de ce que signifie l’éveil ou l’illumination. Il y est écrit: «quand l’objet est identique à la lumière de la conscience, c’est la grâce(25)». «La pure conscience «Je» n’est pas relationnelle. Elle et l’univers sont une. C’est la conscience immédiate. Lorsque quelqu’un a cette conscience, la personne connaît sa véritable nature. C’est ce que signifie la libération(26)».

C’est pour cela que contrairement à ce que j’entends dire parfois, il n’y a pas, à mon avis, plusieurs éveils. Il ne peut y avoir qu’une sorte d’éveil et cela se passe toujours «maintenant». En revanche, il peut y avoir plusieurs expériences sur le chemin de l’éveil, toutes différentes les unes des autres, parfois très impressionnantes et extraordinaires. Ce sont des signes d’ouverture à Soi. Mais, de mon point de vue, ces expériences ne sont pas l’éveil et elles comportent aussi des pièges. L’éveil lui-même n’est pas la fin d’un processus mais le début d’une aventure de maturation et d’ouverture dans la conscience. On peut être éveillé et se rendormir. Les habitudes mentales peuvent encore être fortes. N’est Maître de lui-même que celui qui a stabilisé ses tendances mentales et qui demeure dans un état de présence et d’ouverture, naturel, et spontané. C’est alors la pleine réalisation de Soi. L’arbre est grand et majestueux, un avec toute chose.

2. Les différentes voies vers l’éveil.

Selon ce même livre(27), il y a deux voies vers l’éveil. La voie directe et la voie progressive.

La voie progressive.

C’est celle de la personne qui recherche l’éveil et qui a recours à des techniques: méditation, travail sur l’énergie, pratiques spécifiques, etc. C’est selon ce même livre, la voie du samadhi (contemplation, absorption mentale). Elle peut aboutir à l’état de Turya, avant de connaître l’état de Turiyatita(28). Normalement, la conscience humaine ne fonctionne que dans trois états: l’état de veille, l’état de rêve et l’état de sommeil sans rêve. Dans l’état de Turya, la conscience est détachée et consciente des trois autres états. Elle n’est plus sous l’influence de maya, l’illusion de la séparation. Dans cet état, les manas (les aspects sensitifs de l’esprit) sont atténués mais ils ne se sont pas encore dissous dans Shakti (l’énergie de l’univers), comme c’est le cas dans l’état de turyatita. Lorsque l’état de turya s’est complètement développé et a atteint la perfection, il se transforme en état de turiyatita qui transcende tout.

La voie directe.

Le processus de l’éveil peut aussi être direct et dans ce cas, il y a transcendance immédiate de tous les états. La conscience individuelle réalise son identité et son unité avec la conscience universelle, la Vérité. Lorsque l’individu est suffisamment intégré et ouvert pour accepter la vérité, il est sûrement prêt pour l’éveil direct, sans passer par des états différents de conscience. Cela s’explique je pense par le fait que l’esprit intégré est simple, non sophistiqué. Il n’est pas attiré par les pouvoirs. Il accepte la réalité d’ici et maintenant. Il n’a pas d’ambition et d’avidité. Il est à l’écoute du cœur. L’ouverture directe est alors possible.

Par ailleurs, comme nous l’avons vu précédemment, c’est l’amour de la vérité qui ramène à la Vérité. Dites la vérité, recherchez la vérité, ouvrez-vous à la vérité, ayez un amour immense pour la vérité et vous ne pourrez pas ne pas la trouver.

3. Les conditions pour l’éveil.

Imaginez une page blanche. Imaginez une ligne verticale au milieu de la page, et un point au centre de cette ligne. Ce point est notre destination. C’est le point zéro où le temps est transcendé. C’est le point d’équilibre et de non-dualisme. C’est le point du cœur. C’est la rencontre de notre véritable Corps. «Le cœur est la conscience la plus profonde. C’est le centre de la réalité. C’est la lumière de la conscience dans laquelle l’univers tout entier prend racine(29)».

L’ouverture au cœur n’arrive pas dans un état de non-ego absolu mais dans un état d’acceptation totale de l’ego, de non-résistance. C’est un état de parfaite ouverture. Selon mon point de vue, pour que cet instant soit possible, l’esprit doit être a) conscient de sa nature essentielle, b) ouvert à la vérité de son ego, ainsi que c) totalement présent, absorbé dans ce qu’il fait. Cherchez donc ce qui vous absorbe totalement, ce qui vous rend totalement passionné et intense, ou totalement absent. La lecture, la peinture, le chant, la méditation, le sport, l’acte d’amour, etc.? Cet instant est toujours inattendu; c’est un moment où l’on est présent à soi-même, un avec ce que l’on fait. Mais même si cet instant n’arrive pas, ce n’est pas grave. Le plus important est de connaître sa véritable nature et de faire la paix avec soi-même. La mort peut être à ce moment-là, l’occasion de se libérer. Mais encore une fois, rappelons-nous que celui qui est avide de libération ne fera que maintenir ses chaînes. Il est préférable de ne pas s’inquiéter au sujet de l’éveil. Il arrivera quand il doit arriver. Ce moment est déjà écrit. Attachez-vous plutôt à la vérité et au respect de vous-même et d’autrui .

4. Les mythes et dangers de l’ouverture à soi.

A. Les dangers de la voie progressive.

Sur notre page blanche, certains chercheurs spirituels arriveront au point du cœur par la gauche, la voie progressive. C’est aussi la voie intérieure, celle de la volonté, de la quête ou de l’adoration du divin. Elle est plus généralement adaptée aux hommes. Mais sous son aspect dévotionnel, c’est une voie également féminine.

Elle comporte des dangers lorsque la volonté est trop forte. Celui qui a une motivation extrême a recours à des méthodes parfois très efficaces (méditations intenses, récitation de mantras, exercices respiratoires poussés, etc.). Il peut s’élancer à grande vitesse et monter très vite à la verticale, en oubliant de redescendre vers la droite et de rejoindre le cœur. Celui qui monte très haut et très vite, peut connaître des états difficiles ou trompeurs. Le soleil brûle lorsque l’on s’en approche trop. Les pièges sont nombreux. Les mythes spirituels peuvent aussi induire en erreur.

Les problèmes physiologiques ou mentaux.

Celui qui force son énergie à se libérer alors que sa personnalité n’est pas suffisamment intégrée, peut connaître des problèmes physiologiques ou mentaux. C’est pour cela qu’il est préférable de ne jamais rien forcer. L’esprit doit être suffisamment conscient de sa vérité avant de vouloir libérer ses mémoires ou forcer un processus de guérison ou de libération.

Certaines personnes peuvent ainsi ressentir de fortes résistances ou des peurs à s’ouvrir à soi. C’est un signe que l’ego résiste et qu’il n’est pas suffisamment réconcilié avec lui-même. Celui qui s’ouvre alors qu’il n’est pas assez intégré peut avoir des troubles de la personnalité, des problèmes de schizophrénie par exemple. L’état d’ouverture est un état de réceptivité de l’autre en soi. Si l’individu en question est encore dans le dualisme et la non-acceptation, il peut avoir de nombreux problèmes à accepter ses états intérieurs et développer des troubles mentaux.

Certains sont très attachés à trouver la paix de l’esprit, mais ils peuvent oublier ou négliger complètement le corps. Or, ceci est également un signe que l’esprit n’est pas suffisamment intégré, équilibré. Corps et esprit sont inter-dépendants. Respectons donc notre corps comme le temple de l’esprit. Le monde extérieur et le corps ne sont pas strictement des illusions. Ce sont les aspects manifestés de la conscience et en ce sens ils sont également divins et réels.

Lorsque l’esprit n’est pas préparé à l’ouverture, le corps n’est pas prêt non plus. Il peut alors résister, trembler, se tétaniser, éprouver de fortes chaleurs, des migraines, des montées d’énergie, etc. L’individu peut aussi connaître des crises de panique et se trouver confronter à ses peurs, à ses démons intérieurs.

Je viens justement de faire la rencontre d’une personne qui a vécu ce type d’expérience et est en train d’écrire un article sur la terreur. Son expérience est intéressante à relater. Cet homme s’est un jour trouvé confronté à ses monstres et fut totalement pris de panique. Il a même dû passer quelques temps dans un hôpital psychiatrique. Une fois sorti de l’asile, il a commencé à faire un travail sur lui-même. Un jour, il a à nouveau vu les monstres tourner autour de lui et passer au travers de lui. Mais comme il n’avait plus peur, les monstres ont fini par rire avec lui. C’est une très belle histoire. J’ai entendu beaucoup d’histoires d’éveils spirituels où les gens passaient par des phases de terreur, la peur de monstres ou la peur extrême de mourir. Certains ont réussi à dépasser leur peur en se rappelant que les monstres ne sont rien. Ils ne sont que des projections mentales. C’est son propre esprit qui les crée en rejetant des aspects de lui-même. J’espère que cette histoire encouragera ceux qui ont peur de la mort ou qui vivent des expériences spirituelles effrayantes, à pouvoir rire avec leurs monstres et passer au travers de leurs peurs.

Le piège de l’attrait pour l’ extraordinaire.

Certaines personnes peuvent au contraire être piégées par l’aspect totalement extraordinaire de leurs expériences: entendre des voix, voir des lumières, avoir des visions, ressentir dans leur corps et leur cœur l’unité de l’existence, être en état de samadhi, de béatitude, etc. Notre nature est telle une colonne infinie. Si nous l’explorons vers le haut, elle peut nous amener vers de plus en plus de sensations, de perceptions et de conscience extra-ordinaires. Si nous l’explorons vers le bas, elle peut nous faire plonger dans les blessures de la terre, nos mémoires, sans jamais pouvoir finir le processus d’épuration. Or, c’est au point de parfait équilibre entre «ciel» et «terre»: le point du cœur, que nous pouvons faire la rencontre de nous-mêmes, de notre véritable nature.

Si, au lieu de relativiser les expériences extraordinaires, nous leur accordons une importance majeure, l’ego s’y raccrochera. L’esprit ne pourra plus trouver la paix du cœur ordinaire qui accepte tout simplement la réalité telle qu’elle est(30) . L’individu est toujours avide de choses extraordinaires. Il peut également être avide de perfection. Il ne peut accepter l’ordinaire. Or, on ne peut se rencontrer que dans la simplicité et la vérité de son être. Le paradoxe est qu’en abandonnant toute idée de transformation et de perfection, en s’acceptant enfin totalement tel que l’on est, le véritable changement peut s’opérer. Mais ce changement se fera désormais sans interférence d’une volonté personnelle. L’être peut alors grandir, naturellement, progressivement, en harmonie avec toute chose.

Certains enseignants spirituels cherchent également à impressionner par la démonstration de talents, de pouvoirs ou de magie. Malheureusement, ils renforcent l’idée fausse qui fait croire que pour être spirituel, il faut obligatoirement être extra-ordinaire. Tout simplement, posez-vous la question: «qui a besoin d’avoir recours à des choses extra-ordinaires?» Est-ce l’ego ou le naturel?

Pour Ramana Maharshi, «les pouvoirs (siddhis) ne se manifestent que si l’ego est présent. Toutefois, il peut y avoir des dons naturels. «Dans le cas de siddhi apparus de façon spontanée, il soulignait les dangers qu’il y avait à s’y attacher et expliquait que de tels pouvoirs risquaient d’enfler l’ego plutôt que de l’éliminer»(31).

Tout ce qui est extra-ordinaire n’est pas un problème. Mais l’attrait et l’attention démesurés pour l’extra-ordinaire est un piège.

Etes-vous généralement attiré et impressionné par tout ce qui est extra-ordinaire? Quelle image avez-vous de la paix ou d’une personne en paix? Essayez-vous d’atteindre ou de ressembler à autre chose qu’à vous-même? Pouvez-vous accepter la banalité? Pouvez-vous lâcher prise avec les idéaux, les modèles spirituels? Pouvez-vous accepter de ne pas être pris au sérieux, de ne pas être impressionnant et de passer inaperçu?

Le piège de l’attachement à la paix.

La paix ordinaire, naturelle, n’est dépendante d’aucun contexte. Celui qui est véritablement en paix peut vivre dans le monde. Il ne sera pas dérangé par son «bruit». Celui dont la paix est le fruit d’un isolement ou de techniques peut parfois croire à sa paix et vouloir la conserver à tout prix. Mais si cette paix est dépendante d’un contexte ou de techniques, elle n’est pas suffisamment profonde. Par ailleurs, dans le fait même de chercher à maintenir sa paix, cette personne s’en éloigne. Les personnes sur la voie de la méditation peuvent avoir tendance à chercher un état de calme, de non-pensées, mais ce qu’elles doivent atteindre est elles-mêmes, simplement. Il n’y a aucun état extra-ordinaire à atteindre. Bien entendu, la méditation aide à trouver sa paix. C’est une aide remarquable et précieuse pour calmer les tendances mentales, connaître et accepter son esprit, se ressourcer et goûter la saveur du silence, et dans certains cas: s’ouvrir à Soi.

La paix n’est pas non plus l’expérience du vide(32), car dans le vide, il n’y a pas de connexion au cœur. Certains visages ont des apparences très paisibles. Certains esprits paraissent calmes et silencieux, mais leur silence est parfois un silence d’indifférence. Or, le cœur n’est pas indifférent. Il est la sensibilité même.

La véritable paix est celle de la présence du cœur. L’enracinement dans le cœur est le véritable silence de l’esprit. Ce silence peut également s’exprimer dans le monde, dans la parole et dans le bruit. Il est indépendant de tout cela. Le monde extérieur n’est pas un obstacle si l’âme est en paix. Celui qui a peur du monde extérieur a aussi peur de lui-même. Il ne peut de ce fait s’ouvrir à lui-même. Bien entendu, certaines personnes sont véritablement en paix et désirent vivre de manière isolée, coupées du monde. Mais leur choix n’est pas lié à des peurs. C’est un choix libre, personnel et conscient.

Etes-vous attaché à votre paix? Etes-vous attaché au silence? Etes-vous dérangé par certains individus, par tout ce qui est inattendu, bruyant, différent de vos habitudes? Etes-vous attaché à une vie paisible? L’attachement à la paix dérange la paix véritable.

Le mythe de l’absence de pensées.

Cette paix véritable ne signifie pas non plus un état d’absence de pensées. Lorsqu’une personne n’a plus de pensées, c’est généralement le fruit de techniques. Ce «silence» et les effets parfois extraordinaires qu’il génère (extase, visions, pouvoirs, transe, absence du besoin de nourriture, etc.) est dépendant d’un contexte ou de pratiques. Il a tôt ou tard une fin. Ce silence peut exister sans que la racine de la fleur soit découverte. L’état de non-pensées est appelé «manolaya» dans la terminologie hindoue. Ramana Maharshi affirmait que «même si cette accalmie provisoire de l’esprit devait durer mille ans, elle ne conduirait jamais à la destruction de la pensée, qui est appelée libération de la naissance et de la mort». Il rajoutait: «en l’absence d’un guide convenable à ce stade de pratique spirituelle, nombreux sont ceux qui ont été victimes d’illusions et la proie d’un faux sentiment de libération.»(33) Il faut alors arriver à faire redescendre la conscience dans le cœur.

A l’état naturel, l’absence de pensées n’existe pas. On pourrait davantage parler d’un état de spontanéité ou d’absence de pensées mentales. Les pensées et les désirs sont présents mais ils ne sont pas conditionnés par le passé. Nous sommes conditionnés par le passé lorsque nous avons de fortes peurs ou que nous avons besoin de prouver certaines choses (intelligence, force, etc.). Cela empêche une certaine relaxation intérieure. Or, les pensées et les désirs sont sains lorsqu’ils prennent racine dans la source, notre calme intérieur. Ils sont alors le fruit du naturel qui s’exprime. Il faut je pense distinguer les pensées et les désirs du mental de ceux qui proviennent de notre nature. Rien n’est à rejeter dans le fruit naturel.

Grâce à cet état de relaxation, les pensées ne sont pas enracinées dans le passé et donc la mémoire est moins utilisée. Cela peut surprendre voire inquiéter légèrement parfois. Si l’on souhaite vraiment s’en servir on le peut, mais il ne s’agit plus d’une fonction régulière. Ainsi, plus les inquiétudes s’évanouiront et plus vous serez comme un enfant qui a oublié ce qu’il faisait il y a cinq minutes.

Par ailleurs, le passé n’a pas trop d’impact lorsque la joie de vivre est présente. Même si l’on vous blesse et que cela vous fait très mal, la joie de vivre reprend vite le dessus et le passé s’évanouit. Pensons donc à nourrir notre joie de vivre car elle peut vraiment nous faire traverser les épreuves. Cela vous permettra de vivre dans un état de présence, non affecté par les blessures du passé.

Le piège de l’avidité pour l’éveil.

Certains s’engagent sur un chemin spirituel, non pas pour trouver la paix mais pour s’éveiller. Ils désirent l’éveil, ou une «purification», de manière intéressée, pour leur salut personnel ou même parfois par désir d’être gourou. Ils oublient le cœur. Quelles sont les raisons exactes qui vous poussent sur un chemin spirituel? L’éveil est déjà programmé pour chacun de nous. Nous avons juste à nous détendre. Il arrivera quand il doit arriver. Pensons plutôt à notre paix et à notre harmonie. Nous sommes tous unis. Nous sommes un seul corps. Ne chercher que son éveil, son salut individuel, n’a pas de sens. Recherchez l’harmonie et la paix ensemble est le signe d’une véritable vie éveillée. L’Amour est le véritable salut. Et c’est le chemin le plus direct pour recevoir la grâce divine.

Le piège de la dépendance extérieure.

C’est pour cela que le salut ne peut venir de l’extérieur. Il se trouve au fond de notre cœur et c’est à chacun de trouver la clé de sa paix intérieure. On peut être guidé. On peut être aidé. On peut réaliser des ouvertures énergétiques, etc. Mais la véritable ouverture est celle de ses pensées. Quoi que vous fassiez, quelles que soient les méthodes que vous utilisiez ou les recours extérieurs que vous ayez, si vos pensées demeurent dans le dualisme, la séparation, le jugement, le bien et le mal, la dépendance, et l’avidité, vous ne pourrez jamais vous ouvrir à vous-même. La clé, la grâce, ne vient pas d’en haut. Elle ne vient pas d’en bas. Elle ne vient pas de l’extérieur. Elle est déjà en vous. Vous devez juste vous ouvrir à elle, par la paix de votre esprit.

Les fausses conceptions sur la liberté.

Certains pensent que la liberté est le but suprême de la spiritualité. Mais encore faut-il s’entendre sur ce que signifie le mot liberté. Car la liberté sans le cœur n’est qu’une illusion, certes enivrante, mais trompeuse. Est vraiment libre celui qui cesse de résister à lui-même. Cette liberté n’est pas une liberté d’affirmation de soi coûte que coûte. C’est une liberté d’acceptation qui peut parfois donner l’illusion que l’on a encore des chaînes. Est véritablement libre celui qui sait être le serviteur du cœur.

Les fausses conceptions sur l’attachement et le détachement.

On parle beaucoup de détachement en matière de spiritualité mais comprenons-nous vraiment ce que cela signifie? Il peut y avoir des malentendus à ce sujet. Cela peut entraîner des détachements forcés qui n’ont rien de naturels et peuvent avoir des conséquences relationnelles fâcheuses. Dans le cœur, l’attachement et le détachement n’ont plus de sens. On peut je pense dépasser les deux en ne résistant ni à l’un ni à l’autre, et en comprenant que rien n’a vraiment d’importance bien que tout soit très précieux.

Pourquoi plus rien n’a d’importance? Lorsque l’on comprend quelle est sa nature profonde, on comprend aussi que de toutes façons, nous sommes éternels. Même si ce monde venait à disparaître, tout est un éternel recommencement. Par ailleurs, rien n’a jamais été séparé. La séparation est une illusion provenant de notre ignorance. Pourquoi devrions-nous avoir peur de quelque séparation que ce soit? Au delà de la mort, au delà de tout ce que nous pouvons imaginer, nous sommes et serons toujours ensemble. En nous réveillant, nous pouvons être consciemment ré-unis. Et nous nous réveillerons tous un jour. Cette perception m’aide personnellement à me détacher et à ne pas avoir trop peur des séparations causées par la mort.

On peut aussi être naturellement attaché car tout est très précieux. Le monde, la nature, les gens que l’on aime, sont importants et comptent dans notre vie. Il n’y a pas à avoir peur de ses attachements. Ils sont tout à fait naturels. Il faut simplement mettre de la conscience dans sa vie lorsque l’attachement limite la liberté d’être soi-même et de vivre harmonieusement, respectueusement. Par ailleurs, l’attachement ne fait pas peur à celui qui s’est réconcilié avec lui-même. Il y a une force intérieure qui permet de se détacher et de se reconstruire après chaque désillusion et chaque blessure. Dans ce cas, l’attachement n’est jamais une limite définitive.

Cherchez donc à éveiller la force de votre paix, et la notion d’attachement ou de détachement n’aura plus de sens. Le véritable détachement provient de sa paix intérieure, de son bien-être. Et si au contraire vous êtes trop détaché ou éprouvez une certaine lassitude, si vous avez des difficultés à vous ancrer à la terre, respirez dans votre ventre pour maintenir le lien si cela est votre souhait.

Le mythe du sacrifice.

Certains chercheurs spirituels peuvent encore avoir à l’esprit que pour trouver le divin, il faut souffrir. Il faut savoir faire des sacrifices. Or, trouver le divin en soi est un signe d’abondance et d’épanouissement. Cela n’a rien à voir avec la souffrance. Bien sûr, certaines personnes souffrent sur leur chemin spirituel. Mais cette souffrance ne provient que des résistances qu’elles ont à s’accepter telles qu’elles sont et à être elles-mêmes. Nul besoin de se forcer à quoi que ce soit, de vivre isolé, de faire abstinence sexuelle, etc., sauf si tout cela apparaît comme quelque chose de très naturel. Quant à la notion de sacrifice, elle n’a de sens que pour celui qui force son cœur. Une mère qui se prive de nourriture pour en laisser davantage à ses enfants n’a pas l’impression de se sacrifier. Elle fait cela de bon cœur. La notion de sacrifice n’existe que pour celui qui n’est pas à l’écoute de son cœur, et en ce sens, le sacrifice n’est pas spirituel.

B. Les dangers de la voie directe.

Certains vont arriver au point du cœur par la droite: c’est la voie directe, naturelle. Elle est plus adaptée aux femmes dont le cœur est généralement plus sensible. Guidé par cette sensibilité, l’esprit maintient son ouverture. La porte peut alors s’ouvrir. Elle s’ouvre instantanément, sans problèmes physiologiques, sans peurs, sans états de conscience différents, sans expériences mystiques préalables. Tout se passe très simplement et naturellement car l’ego n’a pas peur de lui-même et il n’est pas ambitieux. Toutefois, la personne peut expérimenter par la suite un temps d’adaptation difficile.

Le piège de la non-préparation à l’ouverture.

Celui qui est sage, ou accompagné par un maître, peut ne pas être perturbé après l’éveil. Mais celui qui manque encore de sagesse, ou qui ne comprend pas très bien son ouverture, peut connaître à ce moment-là beaucoup de confusion. En profondeur, l’ego n’existe plus car le «programme» et les mémoires ont «brûlé» dans le feu de la vérité, mais en surface les habitudes sont encore présentes. Elles peuvent rejaillir avec encore plus de force pour prendre le contrôle d’une situation nouvelle, et ce faisant, créer plus de problèmes et de confusion. C’est le moment où l’ego peut devenir extrêmement subtil. Il va maintenant essayer de jouer son plus beau rôle dans le camp spirituel. Il peut s’enorgueillir d’être modeste! Cela peut être une période encore immature d’ouverture à Soi. Il peut alors être très facile de s’identifier à la personne spirituelle et de se prendre au sérieux. Mais si la personne arrive à conserver son bon sens et à ne faire que ce qui est naturel, simple, évident et harmonieux dans le moment présent, l’ego perdra petit à petit le jeu. Le naturel exprimera alors ce qu’il a à exprimer sans que le mental interfère.

On voit ici l’importance de relativiser les expériences que l’on vit et d’être à la fois ouvert et détaché de la magie, des «signes» et des messages qu’il est possible de voir ou d’entendre. Plus on est enraciné, moins on subira ce type de conséquences après l’éveil. L’enracinement est le retour dans la réalité et la simplicité du cœur. Un attachement trop important à une réalité magique ou féerique peut faire perdre pied. N’est-ce pas encore l’ego qui y attache trop d’importance? Sans ego, la vie, comme la nature, est simple et naturelle. Bien sûr, rien ne sert de se fermer à quoi que ce soit, y compris aux expériences mystiques, mais il faut avoir la force de garder un pied dans chaque réalité. Et sur le long terme, cela n’est pas évident. Les dérapages peuvent être fréquents. La façon d’y arriver est d’être à la fois ouvert mais aussi détaché de toutes les expériences ou messages mystiques. Il faut savoir garder un œil ouvert et un œil fermé. Tout ce qui est extraordinaire n’apporte pas la paix. Cela peut même au contraire en éloigner et faire oublier que toutes les réponses se trouvent déjà dans nos cœurs. Nous n’avons pas à essayer de comprendre ou connaître quoi que ce soit d’autre. Pourquoi s’attacher à des phénomènes extraordinaires? Nous n’avons pas non plus à atteindre un état de super-conscience. Nous avons juste à re-trouver la sensibilité du cœur afin qu’il soit spontanément notre guide. Rien d’autre n’est nécessaire.

Le cœur est la conscience suprême. Cette conscience est simple et non mentale. Si vous avez des difficultés à comprendre ce que veut dire la conscience du cœur, la sensibilité du cœur, observez les fois où votre cœur vous parle pour, par exemple, ne pas dire certaines choses aux gens que vous aimez parce que cela leur ferait trop mal. Le cœur ressent tout simplement ce qu’il faut dire ou faire. Il est sensible à l’autre. Il ressent quand autrui a besoin d’attention, d’aide, de soutien, de petits gestes, etc. Le cœur peut faire des gestes que d’habitude le «moi» ne ferait pas, tout simplement parce que cela fait plaisir à l’autre. C’est notre meilleur guide, notre ami intérieur. Etes-vous sensible aux autres?

Le piège de toujours rechercher un idéal.

Celui qui arrive au point du cœur par la gauche a un passé de méditation ou d’absorption, de contemplation, de stabilisation du mental. Il ressemble à une belle pomme lisse qui a reçu d’excellents nutriments pour se développer. Son mental est stable mais il peut être encore légèrement ambitieux et chercher à atteindre un objectif. Il peut aussi être piégé par un sentiment de supériorité car l’ego spirituel se nourrit de ses expériences, de ses «réussites» ou de ses pratiques. Il peut aussi avoir tendance à se protéger. Ce ne sont pas encore les yeux du cœur qui embrassent la réalité. En revanche, si ce fruit arrive à s’ouvrir au cœur, il sera sûrement impressionnant car il est déjà maître de ses tendances mentales. Son esprit est stable et clair. C’est le fruit de la connaissance.

La personne qui arrive au point du cœur par la droite s’est ouverte aux différentes expériences de la vie et a réussi à maintenir son cœur ouvert. Comme une pomme biologique, sa peau a des cicatrices mais son goût est bon. Le cœur est solide. En revanche, le mental peut naturellement passer par des phases de perturbation, d’adaptation, qui nécessitent de «digérer» les événements. La «pomme biologique» n’est pas impressionnante car son chemin est naturel et ses réactions normales, humaines. Elle peut arriver au cœur et «ouvrir la porte» sans être encore maîtresse de son esprit. Mais elle s’est habituée à tous les vents, et peut digérer de nombreuses tempêtes. C’est le fruit naturel. Il évoluera lentement vers sa maturation: de plus en plus de clarté et de stabilité.

Or, il est possible que la pomme biologique doute d’elle car elle est trop humaine. Elle peut alors croire qu’il faut obligatoirement ressembler à une pomme lisse et ce faisant, elle risque de s’éloigner de son naturel et de sa vérité. La croyance commune qui certainement trompe beaucoup de chercheurs est que seuls les fruits exceptionnels sont divins. Etre dans des états d’extase, de super-conscience, cesser de se nourrir, être absolument calme et silencieux, etc., sont considérés comme des signes de «réussite spirituelle». Mais ces croyances limitent notre potentiel à nous ouvrir naturellement à Soi. Nous n’avons pas à être différents de nous-mêmes. Libérons-nous de nos idéaux et des mythes spirituels car ils nous empêchent d’être, tout simplement, avec toutes nos couleurs. Nos petites imperfections naturelles ne sont pas graves. L’éveil est au delà du parfait et de l’imparfait, de ce qui est considéré élevé ou bas. Il ne se trouve pas en plongeant dans les sphères de plus en plus subtiles de la conscience, pas plus qu’il ne se trouve en ne s’intéressant qu’aux apparences de la terre. L’éveil n’est possible qu’au point d’équilibre entre ciel et terre (conscience et matière). Ce point est celui de l’intégration de soi, de l’ouverture au cœur.

Celui qui s’éveille peut aussi être très humain. Il peut pleurer, se sentir fragile, ressentir la douleur, avoir les qualités et les défauts de tout le monde, mais il a la perfection de ne pas leur résister. Il est ouvert et honnête. Il n’y a rien d’autre à atteindre. L’oisillon ne cherche pas à grandir. Sa croissance se fait, tout naturellement. Et petit à petit ses ailes le portent vers un ciel de plus en plus ouvert. Cette ouverture est sans fin. Le fait de chercher à grandir ou d’atteindre un idéal est un piège si cette recherche est liée à une insatisfaction ou à la non-acceptation du «moi» tel qu’il est aujourd’hui. La seule chose que nous ayons à atteindre est l’acceptation et la reconnaissance de soi au jour le jour, et au travers de cette acceptation, une ouverture toujours plus grande.

La pureté n’est pas la blancheur absolue, l’absence d’ombres. La pureté est un état d’honnêteté vis-à-vis de ses ombres. Cessons les comparaisons. N’essayons pas d’imiter des modèles. Soyons tout simplement nous-mêmes. J’insiste sur ces points, car les mythes et les idéaux spirituels trompent et éloignent les chercheurs de leur vérité. Le chemin naturel vers Soi n’est pas extraordinaire. Il n’est ni haut, ni bas. Il n’est même pas contre l’ego. Il est tout simplement un chemin de vérité.

C. Les dangers communs aux deux voies.

Le piège de la réceptivité et de l’effet miroir.

Plus l’esprit s’ouvre, plus les frontières disparaissent entre soi et les autres. Cela peut être très dérangeant si la personne ouverte (éveillée ou pas) ne comprend pas très bien ce qui se passe et ne se connaît pas suffisamment bien. Le danger associé à la réceptivité peut être plus important pour celui qui arrive au cœur par la droite car il peut plus facilement oublier quelle est sa véritable identité.

Pendant des années avant mon expérience et de manière plus consciente après, j’ai toujours trouvé étrange d’être si différente en fonction des personnes avec qui j’étais. Avec certains je riais de tout, avec d’autres je ne pouvais pas rire. Parfois j’étais très bavarde, parfois je n’avais rien à dire. Je pouvais ressentir des émotions intérieures très différentes de ce qu’elles étaient habituellement. Parfois, ces émotions étaient dérangeantes. Heureusement, j’ai toujours pu m’accepter avec ces mille et un visages différents et réussi à digérer ceux qui étaient dérangeants. Je n’y attachais pas trop d’importance car à l’intérieur de moi, j’avais une force qui chaque fois pouvait tout absorber, une nature généralement heureuse.

Toutefois, au fil du temps, j’ai pris conscience de ce qui se passait vraiment: «comment mes yeux pouvaient-ils briller de désirs avec des personnes qui, clairement, ne me plaisaient pas, alors qu’avec d’autres qui avaient toutes les qualités pour me plaire, mes yeux ne brillaient pas et je ne ressentais aucuns désirs en moi? Comment pouvais-je éprouver de la jalousie dans telle situation alors que dans d’autres cas, la même situation ne m’en procurait pas? D’où me venait cette grande confusion soudaine, ce sentiment de fausseté?» Ainsi, petit à petit, j’ai découvert que j’étais parfois «habitée» par l’énergie de la personne en face de moi, ou réceptive à ses pensées. Bien entendu, la nature intérieure ne change pas. La pluie demeure toujours de la pluie mais en tombant sur le sable, elle fait un son doux, alors que sur une surface métallique, son bruit est plus étrange.

Toutefois, tant que je n’étais pas consciente de ce qui se passait, ou que je doutais de moi, cela pouvait même dans certains cas affecter momentanément mon comportement et ma parole. Je devenais alors le miroir de ce qui était refoulé chez autrui. Ainsi je pouvais parfois prononcer des mots qui renforçaient le point de vue de la personne en face de moi. J’ai notamment pu observer ce qui se passe lorsque quelqu’un a vraiment envie de vous voir de telle façon ou de croire à une certaine réalité. Il crée par ses pensées les événements, les signes ou les paroles semblant confirmer son point de vue. Nous créons vraiment la réalité que nous voulons voir. C’est pour cela qu’il faut savoir aussi relativiser les signes. Car ils sont aussi le fruit du mental. Autrui aura donc tendance à voir et projeter sur la personne ouverte, ce qu’il ne peut accepter de lui-même. En tout cas, toutes les projections, tous les jugements hâtifs que l’on peut avoir sur les uns et les autres sont toujours riches d’enseignement car ce sont souvent des clés, miroir des limites, peurs et aspects de soi que l’on rejette.

Dans tous les cas, tant que quelque chose dérange à l’intérieur de soi, c’est que certaines vérités personnelles ne sont pas encore entièrement rencontrées. Voyez donc, lorsque vous rejetez quelqu’un, ou lorsque quelqu’un vous dérange, ce que cela touche en vous-même: peut-être la peur d’être injustement jugé ou tout simplement la peur du jugement, la peur d’être la mauvaise personne, la peur de paraître faux, la peur de paraître dur, froid, etc. Cela renvoie presque toujours au manque de confiance en soi, à son propre manque d’amour, au sentiment de culpabilité profondément caché en chacun de nous. Il faut encore accueillir tout cela et s’ouvrir à tous ses états intérieurs sans chercher à savoir s’ils proviennent de soi ou d’autrui. Tant qu’il y a séparation entre soi et autrui, la confusion ne peut que demeurer.

Différencier soi et autrui n’a de sens que lorsque nous sommes encore piégés par l’apparence des formes, ou que nous oublions encore notre véritable identité:

«Je» ne suis pas l’ego.
«Je» suis la Vérité, la conscience immuable sur laquelle tout apparaît et disparaît»

Tel le vent qui se lève et s’évanouit, tout ce qui prend sa source, se manifeste, et disparaît sur l’écran de la conscience, n’a qu’une réalité relative. Ne nous identifions pas au vent, à ce qui est éphémère (notre corps, nos pensées, nos émotions, etc.). Identifions-nous à ce qui est le fondement véritable de toute chose et qui ne peut être affecté: la conscience. C’est ce que nous sommes tous véritablement. On peut rajouter qu’au niveau personnel, cette conscience ressemble au regard pur et ouvert d’un enfant. Identifiez-vous à cela:

Je ne suis pas «moi».
Je suis la présence qui inclut et observe le «moi» ainsi que toute chose.

Une amie vient justement de me raconter une histoire amusante en rapport avec notre problème d’identité. Dans un café, un homme surgit brusquement en hurlant au visage du patron «c’est toi Gilles?» et, sans attendre de réponse, lui met une énorme gifle. Puis il repart aussi rapidement qu’il était entré. Tout le monde s’étonne que le patron reste absolument placide. «Comment peux-tu ne pas être affecté?» lui demande-t-on. Il répond tout simplement: «Je ne suis pas Gilles».

Ainsi, connaître sa véritable identité évite bien des problèmes! L’esprit réconcilié qui ne doute pas de son identité peut naturellement retrouver son silence intérieur.

Sinon, il faudra gérer sa réceptivité en retrouvant ce silence au contact de la nature, ou par la méditation, le yoga, la danse, etc. Cherchez ce qui vous correspond le mieux.

Les enfants bien-sûr sont aussi souvent en état d’ouverture. Il faut donc comprendre les enfants difficiles qui ont des émotions très fortes lorsqu’ils sont petits. Ce sont souvent des enfants très réceptifs. Au lieu de les culpabiliser, renforcez au contraire leur estime personnelle. Dites-leur vraiment qu’ils sont très bien, qu’ils ressentent et expriment des émotions fortes mais que c’est normal à leur âge et que cela passera un jour. Cela n’empêche pas de corriger leur comportement lorsqu’il est non-respectueux, mais en même temps, il ne faut surtout jamais oublier de rassurer un enfant et de lui dire que ce n’est pas parce qu’on le reprend qu’il est «méchant» ou qu’il n’est «pas bien». Essayons de ne pas mettre d’étiquettes négatives sur nos enfants. Un jour, ma fille de cinq ans m’avoua qu’elle avait parfois des idées bizarres et qu’elle voulait tuer sa sœur. Je l’ai rassurée en lui disant que la jalousie était normale et que ce n’était pas elle qui voulait la tuer mais sa tête qui, comme toutes les têtes, racontait des bêtises. Son petit cœur, lui, ne souhaitait pas la même chose. Le fait de bien faire la distinction entre la véritable personne qui est toujours amour, et la «tête» qui n’est pas fondamentalement soi, aide vraiment à ne pas se sentir coupable, et à intégrer sa véritable identité.

Le piège de l’identification à la personne spirituelle.

Nous l’avons vu, il est tout à fait possible, même en étant éveillé, de se prendre au sérieux et de perdre son naturel. Cela peut être le cas si parmi ses tendances, il y a celles du besoin de reconnaissance, du besoin de pouvoir, de prouver sa divinité ou certains dons. En se prenant au sérieux, il est moins facile de reconnaître et d’admettre ses faiblesses. Le jeu continue alors, sous couvert cette fois-ci d’authenticité. Ce jeu là est subtil et très trompeur.

Celui qui enseigne, peut aussi être piégé par les attentes ou le besoin d’admiration de son public. Il doit être très difficile face à un public de rester absolument soi-même, de continuer à n’avoir rien à prouver, de ne pas tomber dans le piège du rapport de supériorité ou d’influence subtile, de ne pas s’identifier à l’enseignant spirituel, à celui qui sait. Eprouvez-vous un sentiment d’infériorité en présence de votre enseignant spirituel? Quelle en est la raison?

Enseignant ou pas, nous devrions tous pouvoir rester non définis, ouverts à tout ce qui est, laissant notre nature s’exprimer sans s’attacher à ce qu’elle est en train d’exprimer ou au rôle qu’elle nous fait jouer.

Eveillé ou pas, nous devrions pouvoir rester ouverts aux leçons de l’existence. Qui que nous soyons, nous avons toujours quelque chose à apprendre des autres. Celui qui est identifié à l’enseignant ne peut vraiment enseigner. Pour enseigner véritablement, ne faut-il pas s’oublier et être détaché des effets de son enseignement? L’enseignant peut avoir envie, tel un père ou une mère avec son enfant, de partager son savoir ou d’apporter son aide du mieux qu’il le peut ; mais s’il a des attentes, s’il force, cherche à influencer, à convertir, et n’est pas détaché d’un besoin de résultat, il gâchera le fruit de son enseignement.

Parfois, l’enseignement se fait de lui-même, naturellement, et sans même le rechercher. Le cœur fait son travail indépendamment de toute chose. Il le fait au travers des milliers de mains et de bouches qui nous entourent. Cet enseignant est en toute chose, et toute chose est en lui. Cet enseignant est en vous. Faites-lui confiance. Demandez-lui son aide. Il suffit tout simplement de croire en lui et de tourner son regard vers lui. Il n’attend qu’à vous aider. Il est éternellement présent pour vous. C’est votre ami intérieur, votre enfant intérieur, votre innocence. Nous sommes tellement habitués à penser d’une manière séparative et limitée que nous nous en remettons toujours à ce qui est extérieur. Nous oublions de simplifier. Pourtant, le guide et le protecteur sont déjà en nous. Tous les guides et tous les protecteurs sont déjà en nous. Tous les dieux et toutes les déesses sont en nous. Le maître suprême: la Nature, les 4-5 éléments sont en nous. La connaissance est en nous. Tout est en soi. Pouvez-vous faire appel à votre ami intérieur et rétablir le contact avec lui par le silence, la parole, la prière ou le chant?

Certains ont besoin de le personnaliser. Ils recherchent alors l’église ou le guide extérieur. Ils ont des natures plus adoratrices, plus dévotionnelles. Leur cœur les amènera alors vers le père ou la mère spirituelle qui leur correspond, tel le cours d’eau rejoignant l’océan. Bien entendu, toutes les voies et toutes les façons de se relier et d’adorer le divin sont parfaites, tant qu’elles vous correspondent et vous apportent la paix.

Chaque enseignant spirituel, éveillé ou pas, est aussi parfait tant qu’il est sincère et honnête, et tant que l’on sent que la relation est bénéfique et respectueuse. On peut apprendre de tout le monde. A l’intérieur de soi, chacun sait ce qui est juste et vrai pour lui-même, au delà des titres ou des «réussites» spirituelles des uns ou des autres, des idées reçues et de l’opinion générale. N’oublions pas que l’on peut être éveillé et peu sage (avec des tendances mentales qui s’expriment encore), et que certains sont très sages et pas encore éveillés (ils n’ont presque plus de tendances mentales mais peuvent encore résister fortement à quelques vérités). Bien sûr, celui qui rencontre le véritable Maître, celui qui est éveillé et sage a beaucoup de chance. Dans tous les cas, respectons les choix de chacun et ne jugeons personne dans sa façon de chercher le divin, de se relier au divin ou d’exprimer le divin. Tout est toujours parfait. Et même si quelqu’un se trompe et fait des erreurs, c’est sûrement bénéfique pour son parcours de vie. Pourquoi n’accepterions-nous pas toutes nos différences: de croyances, de religions, de rites, de façons d’être, de faire et de vivre le divin? Ouvrons-nous donc, toujours plus, toujours plus loin. Ouvrons notre regard sur cet infini qui nous appelle.



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(25) «quand l’objet est identique à la lumière de la conscience, c’est la grâce»: “When the object is identical with the light of consciousness, it is anugraha (grace).” The Secret of Self-Recognition, p.38, Jaideva Singh, Motilal Banarsidass publishers private limited, Delhi.

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(26) C’est ce que signifie la libération: “Pure I-consciousness is not of a relational type. It and the universe are one. It is immediate awareness. When one has this consciousness, one knows one’s true nature. This is what is meant by liberation.” The Secret of Self-Recognition, pp 27-31, Jaideva Singh, Motilal Banarsidass publishers private limited, Delhi.

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(27) Selon ce même livre: The Secret of Self-Recognition, p.38, Jaideva Singh, Motilal Banarsidass publishers private limited, Delhi.

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(28) Elle peut aboutir à l’état de Turya, avant de connaître l’état de Turiyatita: “Turya is a consciousness which is aware of all the three states: waking, dream and deep sleep. It is not under the influence of maya, which brings about a sense of difference. When the turya state becomes fully developed and reaches perfection, it is transformed into turyatita state. In this state, everything appears to the individual as Siva, or Self. In turya, manas (the outer or sensory aspect of mind) becomes attenuated ; in turyatita it is dissolved in shakti”. The Secret of Self-Recognition, p.146, Jaideva Singh, Motilal Banarsidass publishers private limited, Delhi.

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(29) l’univers tout entier prend racine:: “The heart is the deepest consciousness. It is the centre of reality. It is the light of consciousness in which the entire universe is rooted”. The Secret of Self-Recognition, p.95, Jaideva Singh, Motilal Banarsidass publishers private limited, Delhi.

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(30) la réalité telle qu’elle est: Voir le livre de Rita Marie Robinson: Ordinary Women Extraordinary Wisdom, 2007, www.o-books.net.


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(31) enfler l’ego plutôt que de l’éliminer: Sois ce que tu es. Les enseignements de Sri Ramana Maharshi, pp. 205-206. Sri Ramanashramam, Tiruvannamalai, Inde, 2005.


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(32) La paix n’est pas non plus l’expérience du vide: “Lorsque la contraction ou la limitation de la conscience est prédominante, on fait l’expérience du vide” (“Where contraction or limitation of consciousness is predominant, there occurs the knowership of the Void», p.60.). “Celui qui fait l’expérience du vide est libre du karma mala (les impressions laissées sur son esprit par ses vies passées) mais il est encore sujet à Anava (l’ignorance inhérente à l’âme individuelle, limitant sa conscience universelle) et à mayiya mala (l’ignorance causée par maya, le principe voilant l’Infini et projetant le fini) qui donne à l’âme son corps et le sens de séparation. («The experient who has an experience only of the void is free from karma mala (ignorance due to the impressions left behind on the mind due to karma or action) but is subject to Anava (innate ignorance of the individual soul, primary limiting condition which reduces universal consciousness) and Mayiyamala (ignorance due to Maya, the principle of veiling the Infinite and projecting the finite, which gives to the soul its gross and subtle body, and brings about sense of difference). The Secret of Self-Recognition, p.128, Jaideva Singh, Motilal Banarsidass publishers private limited. Delhi.


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(33) un faux sentiment de libération: Sois ce que tu es. Les enseignements de Sri Ramana Maharshi, pp. 83-84. Sri Ramanashramam, Tiruvannamalai, Inde, 2005.

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Chapitre 0 - IntroductionChapitre 1 - Mon expérienceChapitre 2 - Re-connaître sa nature essentielleChapitre 3 - Comprendre le mentalChapitre 4 - S’ouvrir au cœurChapitre 5 - Connais-toiChapitre 6 - Etre soi, naturellementChapitre 7 - Ouverture à soi, mythes et dangersChapitre 8 - Conclusion
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Dépôt du document: Fabienne Barousse – Tilicho, Novembre 2008 @ copyright France. (Version finale: février 2009)

 

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